08 - Dévier la trajectoire de l'IA ?
10-15mn de lecture avec un bon thé/café
Un Freelance du futur, un “créaproducer” comme on les appelle.
32 projets en même temps, tout avec agents IA, rien avec ses mains.
Pour lire plus en détail les légendes, voir mon post instagram.
(Un long sujet sérieux sur l’IA, mais récompensé par de belles reco créatives en fin de newsletter).
Voir plus loin.
Je pense que l’IA peut être un vecteur de progrès et un réel bond en avant pour l’humanité ; malheureusement, on tombe pour l’instant dans les travers de notre société capitalo-libéraliste : le profit avant tout.
Peut-être du fait que les décisions sont prises par 6 milliardaires américains (et des presque dictateurs à la tête des plus grandes puissances mondiales) ?
Si on compare les perspectives d’avenir aux courants de science-fiction, on se dirige plus vers le Cyberpunk dystopique (Docu Tracks) que l’utopique Solarpunk (publicité en animation Dear Alice par The Line).
Mais quel est notre rôle dans tout ça et que pouvons-nous faire ?
Il faudrait déjà arriver à avoir un peu de recul sur la situation, et aussi un esprit critique sur les grandes annonces d’acteurs du marché qui ont tout intérêt à une adoption massive de l’IA (et de la robotique).
Ces grands titres qui inondent internet et les réseaux sociaux rassurent les investisseurs, autant qu’ils influencent l’opinion public : il faut s’y mettre sous peine d’être remplacé (avec un beau FOMO “Fear of Missing Out” au passage)...
On entend très peu la voix opposée…
A qui profite cette adoption massive de technologie ?
Tout comme l’industrie pharmaceutique et ses dérives, est-ce que les effets secondaires de l’IA ne vont se révéler que dans 5, 10, 20 ans ?
Sans surprise, les médias étant majoritairement détenus par ces mêmes milliardaires qui investissent massivement dans l’IA, le discours majoritaire est biaisé et toujours pro-IA (voir de la pure désinformation).
L’IA nous est imposée par la force des choses, sans qu’elle soit forcément vraiment demandée, et on ressent une réelle pression à l’adopter au quotidien autant dans nos vies pro que perso (avec des aberrations comme les IA RH qui recrutent seulement des CV formatés pour l’IA).
Pourtant, cette technologie est pour l’instant déficitaire comme on le voit avec OpenAI AI, elle demande des investissements massifs pour rester à flot et assurer la construction de data centers (en fermant les yeux sur le désastre écologique).
Question énergétique que les Américains cherchent à régler à coups de nucléaire, avec par exemple le développement et l’installation de microréacteurs nucléaires pour alimenter 24/24 h 7 j/7 des data centers, comme l’explique cette vidéo du Parisien :
Nourrir la bête.
Les vagues de mèmes Ghiblis et les photos de profil avatarisées ne sont pas si innocentes que ça, car elles contribuent à démocratiser un outil qui doit être adopté massivement pour être rentable.
La collecte de données personnelles et l’attention sont les objectifs principaux des grandes entreprises de la Tech.
La curation et l’apprentissage continu de leurs modèles de langages (LLM) le sont aussi (Google et Meta lisent d’ailleurs nos mails et conversations privés).
On contribue littéralement à renseigner et transmettre notre savoir à des machines destinées à remplacer à terme le travailleur humain.
Pour une poignée de dollars.
On fait un peu tout et n’importe quoi pour arriver premier dans cette course à l’IA, sans vraiment prendre le temps et les précautions d’usage pour appréhender cette révolution technologique.
Que ce soit les entreprises privées ou les états.
Les premières pour le capital, les seconds pour les applications militaires et stratégiques, qui permettront de s’attribuer des ressources (voir le cas Anthropic/Open AI pour l’application militaire).
Il n’y a pas de garde-fou, et on voit déjà des dérives inquiétantes pointer le bout de leur nez.
Comme le témoignent les départs des ingénieurs “AI safety” d’Open AI, ou d’autres boîtes.
Ou les propos de Jared Kaplan d’Anthropic
Il y a bien l’AI Act de l’Europe, mais cela n’influence pas les mastodontes américains et chinois.
Ça laisse plutôt l’Europe derrière dans cette course.
Et les entreprises qui se vantent de ne pas faire n’importe quoi s’allègent de la régulation pour rester en tête.
Un employé IA modèle
Comme l’explique cet article, (merci Maeva pour le lien) on assiste à une Révolution industrielle complètement dérégulée et peu encadrée (à contrario de la précédente).
Les syndicats sont affaiblis, les mouvements associatifs contestataires sont poursuivis en justice, il n’y a pas de discussion autour des principaux partis concernés, et la montée du fascisme et des inégalités de classe fragilisent encore plus l’espace démocratique.
Et dans ce monde-là, l’IA c’est du pain bénit pour les grandes corporations : une IA sans syndicat, sans limite de temps de travail, qui apprend (vole) des humains.
La démocratisation de son usage va irrémédiablement faire augmenter le taux de chômage, plus de concurrence, moins d’offre et donc diminuer les salaires des employés « humains » (vous la voyez la carotte ?).
Pour nous motiver à adopter cette technologie, on nous parle d’améliorer sa productivité, mais veut-on aller plus vite ?
Au prix du burn-out ?
La créativité, c’est pourtant souvent plus synonyme de prendre son temps.
Produire plus vite pour produire de moindre qualité n’est pas franchement un avenir désirable pour les créatifs que nous sommes.
Les réseaux sociaux avaient déjà contribué a ce changement de demande avec du “junk content” ; l’IA accentue encore plus cette mauvaise trajectoire.
Des solutions ?
Ce qui se joue est politique et démocratique.
Plus que jamais, il convient de s’interroger sur sa position vis-à-vis d’un monde ultra-totalitaire et hyperproductif.
Réagir et sortir de la torpeur infligée par la désinformation télévisuelle, les réseaux sociaux et l’AI Slop.
Sortir du mutisme, ne pas hésiter à en parler, poster sur vos réseaux sociaux, ou au moins sensibiliser vos proches. Ne pas subir.
Quelles sont vos valeurs ? Est-ce que vous voulez un futur précaire ou on vous demande d’être encore plus productif sans contrepartie ?
Quel avenir souhaitez-vous vivre pour vous et vos enfants ?
Votez en toute conscience de tous ces éléments.
Valoriser l’humain et son expertise
Préférer déléguer une partie d’un projet à un humain, plutôt qu’à une IA, c’est entretenir l’écosystème de la création.
Parce que si chacun, chacune, à notre niveau, nous court-circuitons nous-mêmes un ou une créative dans le process.
À terme, c’est le marché qui va irrémédiablement se réduire ou être redirigé vers des créateurs IA.
La valorisation de l’acte de création humaine, c’est d’ailleurs ce que Panorama (le studio derrière la création du magazine les Others) a mis en avant dans son analyse de 70 pages sur la place de l’humain auprès des marques
(L’Outdoor essentiellement).
Tendances identifiées, case studies sur des campagnes, et éléments démarquants qui font de la création fait main un argument de poids pour sortir du lot.
Boycott sélectif
Une autre piste est de boycotter les acteurs majeurs de l’IA qui sont non éthiques, (le président d’Open AI a par exemple financé le parti de Trump, Open AI a aussi accepté de proposer son IA au gouvernement US pour la surveillance de masse et les assassinats sans supervision humaine).
IAlternative
Pour le reste, vu la fuite des AI safety researchers, il ne reste pas beaucoup d’élus, sauf cette IA générative Suisse : Euria
Une démarche très intéressante, puisque la Suisse avait déjà choisi de se passer de Palantir pour protéger sa souveraineté.
D’autant plus intéressante, que la chaleur produite par le data center d’Euria est entièrement récupérée et réinjectée dans le chauffage urbain de Genève.
Dividendes intellectuels
Les grands modèles LLM (Large Language Models), ayant basé leurs capacités sur la connaissance commune de l’humanité ainsi qu’énormément d’œuvres protégées par la propriété intellectuelle (sans autorisation), l’idée d’une rétribution de dividendes des géants de l’IA vers les ayants droit pourrait être une piste possible (utopique à l’heure actuelle, mais intéressante).
Reste à voir sur quoi vont aboutir les multiples procès en cours contre les géants de l’IA générative.
Au départ, j’avais 5 pages de notes et d’écrits.
Pour éviter de vous faire poser un RTT pour lire tout ça, j’ai volontairement condensé le tout.
Il manque encore beaucoup de volets à cette thématique, et le domaine évolue extrêmement vite.
Le sujet mériterait un livre entier tant il est dense et compliqué, mais les commentaires sont ouverts si vous souhaitez partager votre point de vue.
La suite plus bas, avec les reco du mois !
écrit et illustré sans IA
Les sources :
IA et crise écologique, la désinformation
Era of global water bankruptcy
Le premier micro-réacteur nucléaire livré par les airs dans un avion C-17 américain
Open AI safety researcher leaves
Claude Anthropic / pentagon
Cyberpunk : de la dystopie à la réalité ? | TRACKS - ARTE
https://futurism.com/artificial-intelligence/anthropic-drops-safety-pledge
The country of Genius in empty room
https://www.lebigdata.fr/lia-stimule-t-elle-vraiment-leconomie-goldman-sachs-pense-que-non
https://www.meta-media.fr/2025/02/08/lia-ne-simpose-pas-a-nous-ce-sont-les-choix-des-individus-qui-en-determinent-lavenir.html
Etudes Human after all the Panorama
Euria, l’IA de confiance suisse
A voir, lire, écouter
Une section plus légère que le sujet de l’IA , avec plusieurs recommandations à voir.
Caravan SandWitch
Un petit jeu indépendant français “feel good”, qui a gagné plusieurs prix.
Créé initialement par 2 personnes, puis développé par une petite équipe de 14 talents.
Un jeu d’exploration et d’aventure dans un univers que les créateurs appellent “Provençal futuriste”, une balade chill avec une musique, des graphismes et une ambiance qui donne envie d’y retourner.
C’est disponible sur Steam, Nintendo Switch et PS5.
Le reportage d’Arte dans l’émission Tracks sur le revenu pour les artistes en Irlande.
On en a beaucoup entendu parler sur les réseaux, et c’est un sujet qui a polarisé parce qu’il a été abordé n’importe comment.
Le reportage d’Arte explique un peu mieux le pourquoi (les talents qui partent d’Irlande) et le fonctionnement : loterie pour en bénéficier, programme expérimental limité dans le temps.
Bien loin des raccourcis que l’on a pu lire sur le net.
La conférence Nicer Tuesdays de Bianca Beneduci Assad
L’illustratrice et animatrice brésilienne dont l’univers est coloré et fun explique son parcours pro (Gumball, Buck), ses difficultés et succès.
Une bouffée d’air frais à regarder.
Le dernier clip de Gorillaz
Un clip fortement inspiré des vieux Disney comme Le Livre de la jungle, et directement lié à une expérience de vie en Inde durant la perte de la belle-mère de J Hewlett.
Un clip créé sans IA, à la main (mais avec du numérique) par Jamie Hewlett, le créateur de Tank Girl et de l’univers graphique de Gorillaz, mais aussi et surtout par l’excellent studio The Line, un des meilleurs studios en animation traditionnelle à ce jour.
C’est tout pour ce mois-ci !
On se retrouve le mois prochain pour une nouvelle édition spéciale avec l’interview de Tommy Knuts, artiste français (bien humain), dont j’apprécie beaucoup le travail.
En attendant, prenez soin de vous et n’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette newsletter et s’il y a des points que je peux améliorer ou des sujets à aborder.
L’espace de commentaire est ouvert et c’est avec plaisir que j’échangerai avec vous.
Écrit et illustré sans IA.
Où me retrouver ?
Sur Insta : https://www.instagram.com/gillesk.illu/
Sur Linkedin : https://www.linkedin.com/in/gillesk/
Directement sur mon site : www.gillesk.com

















Merci pour ce point sur l’IA, qui me semble remettre les choses à leur place. Je ne comprendrai jamais comment l’humanité peut se faire avoir systématiquement par « l’objet brillant » en cultivant le déni sur tout ce qu’il y a derrière… mais je suis convaincue que ça va pousser un mouvement humaniste en réaction à ce tout numérique qui, au bout du compte, ne peut pas être pleinement satisfaisant.
Merci pour les super recos ! Je vais aller voir ce jeu qui fait bien envie 😊✨
Il y a une infinité d’angles possibles quand on parle d’IA tant ils ont réussi à la faire couvrir tant de pans de nos vies, c’est assez effrayant de voir la rapidité à laquelle ça va et les dégâts déjà faits (et c’est toujours tellement plus rapide de détruire que de faire que ça fait aussi beaucoup de peine en pensant à tout ce temps perdu pour rien, ça vaut pour l’IA mais pour tout ce qui est détruit socialement ces dernières années), c’est usant mais aussi terriblement important de continuer à en parler, merci pour tes ressources c’était très intéressant de te lire (je n’ai toujours pas regardé le clip de Gorillaz c’est un bon rappel, tout leur univers graphique a toujours été si cool !)